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UN URGENTOLOGUE D’EXPÉRIENCE FAIT UNE SORTIE EN RÈGLE CONTRE SES COLLÈGUES DU LOBBY CONTRE LES ARMES

Tracey Wilson 03-04-2019 

03AVR 2019 Tracey Wilson 

 

 « J’ai vu l’horreur et j’ai touché l’horreur. J’ai ressenti l’abîme de la douleur face à la perte insensée d’une vie jeune et productive. Mais ce mouvement visant à interdire certaines armes à feu est une réponse émotionnelle qui découle d’un manque d’information et d’une vision déformée des armes à feu  » ~Dr Mosdossy

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Une pétition a circulé dans le service de traumatologie des hôpitaux de l’Ontario, demandant au personnel de la signer pour interdire les armes de poing et les  » fusils d’assaut  » et d’assister aux manifestations. Bien qu’une poignée de membres du personnel de l’hôpital aient répondu, le Dr Gregory Mosdossy, MD, a adopté une approche très différente. La note suivante a été envoyée par courriel à aux bureaux de la CCDAF aujourd’hui :

Bonjour,

Je suis médecin urgentiste et professeur agrégé dans un centre universitaire qui s’occupe des populations adultes et pédiatriques depuis plus de 30 ans. J’ai travaillé dans deux provinces, à l’étranger et dans plusieurs services d’urgence en Ontario. On m’a fait parvenir la demande de notre directeur du programme de traumatologie pour signer une pétition en appui à la « Journée nationale d’action ». J’aimerais transmettre ma réponse à votre organisation pour vous donner une perspective quelque peu différente de celle d’un médecin sur le sujet de la violence armée et de l’interdiction des armes à feu.

Je vous remercie de votre temps.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, mes salutations distinguées,

Gregory J. Mosdossy MD FRCP(C)

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Vous trouverez ci-dessous la réponse (bien que longue) dans laquelle le Dr Mosdossy répond à ses collègues.

On m’a fait parvenir votre demande pour signer une pétition et j’aimerais faire des commentaires.

Premièrement, il va sans dire que je suis tout à fait en faveur de la réduction des crimes violents et du suicide comme le sont, j’en suis certain, tous les citoyens respectueux des lois de ce pays. Cela comprend les travailleurs de la santé, le personnel de soutien et le personnel administratif du LHSC (Hôpital, Science de la santé de London)

Afin de vous donner une idée de l’importance que j’accorde à cette question, j’aimerais vous parler de mon implication personnelle passée et présente dans le domaine des armes à feu et des crimes commis à ;’aide de celles-ci.

Au début des années 1990, j’étais le médecin de service à Sudbury, en Ontario, lorsqu’un garçon de 8 ans a été amené ici avec une blessure à la section intermédiaire causée par un fusil de chasse. Il jouait avec l’adolescent d’à côté, qui avait pointé l’arme mal entreposée et chargée de son père vers l’enfant et avait appuyé sur la détente, pour ce qu’il croyait être une plaisanterie. J’ai pratiqué une thoracotomie ressucitative et il a retrouvé ses signes vitaux, pour mourir peu après d’un traumatisme massif au foie et à la rate. Ce cas, en raison des pressions de la mère du garçon a donné l’élan à l’adoption de la Loi canadienne sur les armes à feu de 1995, qui a donné force de loi à notre méthode actuelle d’entreposage, de transport, de catégorisation et de délivrance de permis pour les armes à feu.

J’étais également présent lors du massacre de la Polytechnique de Montréal en 1989, où 14 jeunes femmes prometteuses et talentueuses ont été tuées et 13 autres ont été blessées par un misogyne dérangé. Je suis entrée sur les lieux avec une équipe des services d’urgence  et j’ai prononcé la mort de plusieurs victimes sur place. J’ai aussi aidé à l’évacuation de certaines et à leur transport vers l’hôpital Royal Victoria. J’ai rédigé un résumé dans le JEM (Journal of Emergency Medicine) en collaboration avec un des autres résidents impliqués en rapport aux interventions en cas de catastrophe. J’avais une fille de 2 ans et un fils de 7 mois à l’époque et j’ai dormi sur le plancher de leur chambre pendant 6 mois par la suite.

Depuis, j’ai soigné d’innombrables victimes de crimes violents au cours de ma carrière de plus de 30 ans en tant qu’urgentologue, mais étant au Canada, une petite proportion d’entre elles ont été blessées par balle et beaucoup d’autres ont été poignardées, battues, etc.

J’ai eu deux parents (un éloigné et un parent non sanguin) qui se sont suicidés, un par arme de poing et un par surdose.

Je possède également des carabines depuis l’âge de 12 ans et je suis devenu, au cours de la dernière décennie, un chasseur passionné et un adepte de la compétition au pistolet, à la carabine et au fusil de chasse. Ma femme et 2 de nos 3 enfants adultes participent à des compétitions au Canada et aux États-Unis où nous tirons en mouvement sur différentes cibles et où notre performance est notée et chronométrée. Je suis également un juge qualifié dans deux disciplines de tir au pistolet (IPSC et ICORE) ainsi qu’au sein l’Association canadienne des sports de tir (ACSA).

Sur ce, j’ai quelques réflexions sur la création et la propagation d’une pétition, surtout lorsque la prémisse et les articles qu’elle prétend interdire sont mal définis et, semble-t-il, mal compris. Permettez-moi ici d’élaborer.

L’expression  » arme d’assaut  » est utilisée par les médias et les personnes du domaine public, qui semblent avoir une compréhension un peu floue de sa signification. En général, une arme d’assaut est toute arme qui peut ou qui a été utilisée pour agresser une personne ou un groupe, y compris une chaise, un exacto, un bâton de baseball, un couteau de cuisine, un couteau à cran d’arrêt, un mousquet, un fusil Lee Enfield, une fourgonnette, une voiture, un camion, etc. La façon dont les gens utilisent le terme dans le débat actuel semble faire référence à une plate-forme de fusil commune utilisée par la plupart des forces armées du monde. Les caractéristiques qui distinguent un fusil d’assaut militaire des nombreux et divers fusils semi-automatiques de sport et de chasse sont que le tir est entièrement automatique et leurs chargeurs de grande capacité qui sont interdits/illégaux et non disponibles au Canada (le Canada a une limite de 5 coups). Aucun citoyen canadien n’a le droit de posséder ou d’avoir en sa possession un fusil d’assaut militaire, avec des peines d’emprisonnement sévères pour ceux qui en sont trouvés en possession illégalement. Dans le domaine militaire et policier, où ces armes à feu sont utilisées pour l’entraînement et le déploiement, elles sont gardées sous clé dans les locaux militaires ou de forces de l’ordre. De plus, le personnel militaire et policier n’a pas le droit de les entreposer hors de ces locaux. Pour clarifier les choses par exemple, l’AR 15 (Armalite Rifle 15 d’après la société fondatrice/conceptrice, et non pas  » Assault Rifle « ), qui a fait l’objet de nombreuses calomnies, est l’une des nombreuses plates-formes de fusils conçues dans les années 1950 et n’est qu’une des nombreuses conceptions de fusils de chasse et de sport semi-automatiques. Il n’est pas disponible/légal dans sa configuration de fusil d’assaut militaire au Canada.

En bref, il n’y a pas d’armes d’assaut militaires pour possession légale d’un citoyen canadien et, par conséquent, une pétition visant à interdire ces armes à feu est redondante et trompeuse.

Quant aux armes d’épaule semi-automatiques, elles sont un élément fondamental des sports de chasse, de tir et des collectionneurs au Canada, et ce, depuis la fondation du pays et depuis que les armes à feu existent. De même, les armes de poing font partie intégrante des sports de tir et elles sont également acquises par les collectionneurs. Quiconque souhaite participer à ces activités doit suivre une formation en matière de sécurité et se soumettre à des tests en deux étapes, l’une pour les armes à feu sans restriction (la plupart des armes d’épaule ; permis de possession et d’acquisition – PPA) et l’autre pour les armes à feu à autorisation restreinte (armes de poing et certaines armes d’épaule : (PPAR), avec des références, une vérification des antécédents et un permis si la personne réussit. Le processus peut prendre plusieurs mois, parfois plus. Une fois que la personne a obtenu son permis, elle est soumise à une vérification des antécédents par la GRC automatiquement toutes les 24 heures sur une base continue. Avec le permis à autorisation restreinte (PPAR), le propriétaire d’armes à feu titulaire d’un permis doit être membre d’un club de tir s’il veut utiliser son arme à autorisation restreinte. S’il s’agit d’un collectionneur, il doit consentir à une inspection sur place. S’ils ne le font pas, ils contreviennent à la loi. La plupart des champs de tir exigent également des cours de sécurité supervisés distincts avant de permettre à un nouveau membre de tirer.

L’achat de toutes les munitions ou armes à feu exige la présentation et, dans bien des cas, la vérification d’un permis d’armes à feu valide (PPA ou PPAR).

Le PPA et le PPAR  doivent être renouvelés tous les cinq ans et s’ils ne sont pas renouvelés, toute arme à feu en possession du particulier constituera un crime grave.

En ce qui concerne le transport des armes à feu à autorisation restreinte, elles ne peuvent être transportées légalement dans un champ de tir, un magasin d’armes à feu, une exposition d’armes à feu ou à la frontière qu’avec une autorisation de transport (AT), qui est actuellement jointe électroniquement au PPAR. Avec le projet de loi C-71, s’il est adopté, il faudra à nouveau faire un appel téléphonique et faire délivrer l’AT papier et la joindre au permis transport à chaque déplacement. Des ATS (Autorisations de Transport Spécial) sont requis pour le transport à l’extérieur de la province. Le transport d’une arme à feu à autorisation restreinte vers tout autre endroit et sans autorisation appropriée constitue une infraction grave à la loi.

Je sais que ce compte rendu a été long et détaillé pour faire valoir un point simple. Toutefois, beaucoup de confusions et de désinformation circulent à ce sujet et je crois qu’il est important de connaître les faits lorsqu’on débat de la question de la réglementation des armes à feu. Les lois sur les armes à feu au Canada sont parmi les plus strictes et les plus complètes au monde. Les statistiques sur la criminalité montrent que nous sommes un pays très sécuritaire où les taux de criminalité et de suicide sont faibles et qu’ils n’ont cessé de baisser (avec des hauts et des bas) au cours des quatre dernières décennies. Les statistiques récentes que certains ont utilisées pour contrer ces données sont analysées à partir de zones géographiques et d’intervalles précis, avec des manipulations biaisées pour répondre aux besoins de ces groupes d’intérêt.

L’interdiction de certaines catégories d’armes à feu ne diminue pas la violence. C’est ce qu’on constate au Royaume-Uni où les armes de poing et de nombreuses armes d’épaule sont interdites depuis 1996 et pourtant, Londres, en Angleterre, a connu une augmentation importante du nombre d’homicides et d’agressions à l’aide d’armes à feu, de couteaux, de véhicules et d’attaques à l’acide au cours de la dernière décennie. La malveillance causera quand même un massacre, des blessures et des morts violentes en dépit des lois du pays.

La prohibition est un exemple de la futilité d’interdire une substance alors que le marché noir peut facilement, par des moyens violents et illégaux, surmonter les restrictions légales. Les armes à feu peuvent être acquises illégalement avec une relative facilitée. Toute interdiction transformerait simplement les citoyens respectueux de la loi qui possèdent des armes à feu en criminels instantanés dont le véritable élément criminel serait intact et qui seraient encore plus motivés à faire de la contrebande d’armes à feu.

Les propriétaires d’armes à feu ne sont pas malveillants. Ce sont des travailleurs manuels, des employés de bureau, des travailleurs d’usine, des gens de métier, des membres de syndicats, des travailleurs hospitaliers, du personnel de sécurité, des policiers, des militaires, des travailleurs sociaux d’entreprise, des infirmières, des médecins, des avocats, des comptables, des juges, des politiciens, des personnalités des médias, etc. En fait, il y a plus de 2 millions de propriétaires d’armes à feu au Canada, dont beaucoup sont des femmes et des jeunes. Un nombre important de personnes avec qui je travaille au service des urgences et dans le centre hospitalier sont de passionnés propriétaires d’armes à feu. Ce passe-temps est une passion pour la plupart d’entre eux. Nous avons un grand respect pour le sport, les exigences de sécurité, les règles et ce grand pays dans lequel nous vivons qui nous a permis de profiter de cette occasion merveilleuse.

La question de la violence armée est complexe et ne peut être abordée par des phrases toutes faites et des déclarations radicales dans les médias. Il est aussi terriblement injuste de blâmer et de punir un grand nombre de citoyens respectueux de la loi, qui sont tout à fait favorables à la réduction de la violence armée, en confisquant des centaines de milliers de leurs armes à feu. Peut-être que ceux d’entre nous qui sont confrontés aux effets de la violence et du suicide pourraient plutôt discuter de la façon de trouver des moyens raisonnables d’aider à freiner ces fléaux par des mesures justes et efficaces. La question de l’accès à des soins en santé mentale sous-financés et mal desservi en est un exemple. Il faut également sensibiliser les propriétaires d’armes à feu aux signes de dépression et leur fournir des ressources pour qu’ils puissent obtenir de l’aide sans stigmatiser ou limiter légalement leur avenir dans les sports liés aux armes à feu. Il faut aussi aider nos services de police à arrêter et à poursuivre en justice les criminels qui distribuent et utilisent des armes à feu. Les milieux universitaires et les fournisseurs de soins en santé peuvent certainement trouver une solution plus intelligente et plus efficace qu’une interdiction générale.

Je crois savoir que certains aidants en traumatologie ont réagi avec horreur à la violence dont ils ont été témoins au travail. J’ai été témoin de plus que ma part. J’ai vu l’horreur et j’ai touché l’horreur. J’ai ressenti l’abîme de la tristesse face à la perte insensée d’une jeune vie prometteuse. Mais ce mouvement visant à interdire certaines armes à feu est une réponse émotionnelle qui découle d’un manque d’information et d’une vision des armes à feu déformée par de multiples sources, notamment certains médias, des groupes d’intérêt, l’industrie du divertissement, etc. L’utilisation légale des armes à feu est un sport sûr et mature qui exige de la concentration, de la discipline et un profond respect pour la sécurité et la loi. Lorsque les armes à feu sont utilisées à des fins violentes, quelqu’un a enfreint la loi. Lorsque les armes à feu sont utilisées à des fins suicidaires, quelqu’un n’a pas reçu les soins dont il a besoin et le soutien nécessaire pour se distancer de l’arme à feu. Ce sont là les problèmes qu’il faut régler, et non pas une interdiction générale inefficace qui vise des innocents respectueux de la loi.

En tant que fervent adepte des sports de tir, je suis déterminé à préserver l’héritage de ces sports pour les générations à venir. En tant que médecin, j’ai pris l’engagement de sauver des vies. J’ai vécu personnellement et professionnellement les effets de l’utilisation illégale et suicidaire des armes à feu. Je n’appuie que les approches raisonnables et réfléchies visant à réduire les blessures et les décès causés par les armes à feu. Cette pétition et la demande d’interdiction ne sont ni l’une ni l’autre.

Avec tout le respect que je vous dois,

 

Gregory J Mosdossy MD FRCPC

 

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